L’hôtel de ville d’Austin

INTRODUCTION

Achevé en 2004, l’hôtel de ville d’Austin au Texas est l’un des bâtiments verts les plus remarquables du monde. Œuvre de l’architecte Antoine Predock qui l’a voulu à l’image de son cadre naturel, ce bâtiment de 9 300 m2 (100 000 pi2) sur quatre étages rappelle, par l’emploi qu’il fait de la pierre calcaire, de l’eau ruisselant en cascade et des formes asymétriques, les canyons et les cours d’eau des environs de la ville. Dans cette ode au paysage, le cuivre qui revêt les faces des deux étages supérieurs ainsi que la toiture et cet éperon jaillissant sur 15 m (50 pieds) au-dessus de la rue, tient le rôle du soleil. Ce parti architectural, dont l’originalité a suscité quelques critiques, met solidement en valeur un ensemble de caractéristiques parfaitement rationnelles et pratiques qui répondent au vœu de rendre l’administration de la ville transparente et de faire de l’hôtel de ville un lieu de rencontre apprécié des gens d’Austin.

LE BÂTIMENT

Vue d’ensemble – L’hôtel de ville est situé dans le Warehouse District et constitue l’un des pôles de l’animation qu’entend redonner à ce quartier un programme de revitalisation activement mené. La disposition de l’immeuble en léger biais par rapport à la rue dégage tout autour de généreux espaces, notamment une grande esplanade que complètent une scène construite en pierre, où des orchestres peuvent venir jouer, et des gradins, où les gens peuvent s’asseoir à l’ombre d’une marquise constituée de panneaux photovoltaïques. La raison d’être de ces aménagements extérieurs était de créer un nouveau lieu où s’apprécieraient et s’exprimeraient ce style de vie détendu et ce goût prononcé pour la musique qui font le caractère et le charme de la ville. Au-delà de la nécessité de reloger les services administratifs municipaux, il y avait donc le désir de créer un espace polyvalent, qui réponde aux besoins divers de la vie collective, sociale et culturelle. C’est dans cet esprit que les intéressés, médias locaux en tête, ont été associés au projet pour garantir la bonne prise en compte de leurs besoins.

Entrons dans l’immeuble. On y a tout de suite l’impression de se trouver dans un canyon : entre les parois du hall qui montent jusqu’au toit, l’espace est coupé seulement par les passerelles qui relient un côté à l’autre. Voici les salles de conseil : tout le monde peut suivre ce qui s’y passe car aux 156 places assises, étagées comme dans un cinéma, s’ajoutent des écrans vidéo. Il y a en a même à l’extérieur de la salle, dans le couloir.

Les caractéristiques écologiques du bâtiment

Dès l’origine du projet, l’intention était de décrocher une certification LEED, et cela est bien visible dans les caractéristiques que possède le bâtiment. Aux dires de Deb Ebersole, du cabinet Cotera+Reed Architects, « c’était la bonne chose à faire : un, parce qu’Austin a toujours été une ville écologique; deux, parce qu’on avait là un bon moyen de voir où on se situe par rapport aux autres ».1 Toute la difficulté, poursuit Ebersole, a été de concilier les impératifs de la réalisation avec les idées de la conception, dans le cadre d’un projet LEED. La certification LEED Or décernée au bâtiment par le U.S. Green Building Council atteste que le pari a été tenu. Ce succès a été remporté grâce aux résultats particulièrement remarquables obtenus dans trois domaines : récupération et recyclage de matériaux, efficacité énergétique, et commodités fonctionnelles offertes par le bâtiment à ses usagers. Voyons tour à tour ces trois aspects, avant d’évoquer plus en détail le rôle que le cuivre a joué dans chacun d’eux.

Récupération et recyclage

La réalisation de ce bâtiment a été exemplaire sur le plan de la récupération, qui a concerné autant les déchets de chantier, que les condensats des batteries de climatisation, ou l’utilisation de matériaux à haute teneur en matière recyclée. Au lieu d’être évacués à la décharge, plus de 50 % des déchets de chantier sont allés vers une destination de réemploi, les déchets intéressants de carrelage, de bois et de béton allant directement chez des artisans et dans des écoles de la ville.1 Sur la climatisation, équipement indispensable au Texas, les concepteurs du bâtiment ont récupéré les condensats pour alimenter la chute d’eau qui agrémente l’esplanade. En outre, une grande partie des matériaux mis en œuvre, que ce soit le cuivre, l’acier, le placoplâtre ou le béton, présentait une teneur importante en matière recyclée.

Efficacité énergétique

Tout dans l‘immeuble a été étudié pour réduire au maximum la consommation d’énergie, en particulier celle nécessaire au maintien de la fraîcheur. Pour donner de l’ombre au bâtiment, les concepteurs ont planté autour de grands arbres adultes, et non de ces frêles choses que l’on trouve d’ordinaire auprès des constructions neuves. En mettant le parc de stationnement sous terre, ils ont réduit l’emprise au sol et ont évité à l’immeuble de recevoir la chaleur que rayonne une aire de stationnement. Ils ont en outre raccordé l’immeuble au réseau de distribution d’eau réfrigérée qui dessert le centre-ville. Cette eau provient d’une centrale exploitée par Austin Energy qui produit de la glace la nuit, quand l’électricité est à tarif réduit. Le rafraîchissement que cette eau procure au bâtiment lui permet de moins consommer d’électricité. Celle que l’immeuble consomme tout de même sera issue à 50 % d’énergies renouvelables. La ville, en effet, a souscrit auprès d’Austin Energy un abonnement au programme Green Choice, qui propose de l’électricité essentiellement d’origine éolienne, hydraulique, ou produite à partir du gaz méthane.2

Commodités offertes par le bâtiment

Sous des dehors audacieux, l’immeuble révèle une conception pensée entièrement en fonction des usagers. La présence de douches et de vestiaires, l’utilisation exclusive de matières dégageant peu ou pas de composés organiques volatiles (COV), en sont des preuves manifestes. En prévoyant un endroit où les gens pourraient se doucher et se changer, les concepteurs ont levé l’un des principaux obstacles à l’abandon de la voiture pour se rendre au travail, et par leur choix de revêtements de sol, de peintures et de colles à dégagement de COV faible ou nul, ils ont considérablement amélioré la qualité de l’air respiré dans les locaux. La propreté exceptionnelle qu’on y ressent est d’ailleurs souvent évoquée à propos des bâtiments verts. Quant aux panneaux solaires qui coiffent le grand escalier, leur fonction technique et architecturale se double de celle de dispensateurs d’ombre pour les auditeurs des concerts donnés sur l’esplanade : dans une ville aussi friande de spectacles de musique, ce détail a son importance.

LE RÔLE DU CUIVRE

Dans presque tous ses aspects, la réalisation de ce bâtiment a fait appel au cuivre. Ce métal est présent dans l’architecture audacieuse du bâtiment, comme dans ses équipements technologiques. Pas moins de 5 575 m2 (60 000 pi2) de cuivre, soit plus que la superficie d’un terrain de football, ont été nécessaires pour habiller essentiellement la moitié haute de l’immeuble et le fameux éperon. Les panneaux de 300 mm (12 po) du bardage, tout comme la couverture en cuivre à joints debout, ont reçu un léger traitement à l’huile pour ralentir la prise de patine, laquelle, vu le peu de souffre présent dans l’air atmosphérique d’Austin, fera prendre au cuivre, d’ici une trentaine d’années, une teinte gris pâle tirant sur le bleu et le vert. La couleur était une considération importante dans un projet se voulant un hommage rendu aux paysages environnants. Mais l’aptitude du cuivre à épouser toutes les formes en était une autre dans un bâtiment où peu d’angles sont droits. À l’intérieur du bâtiment, le cuivre règne aussi. Dans le hall, un plafond en bronze réfléchit vers le bas la lumière que dispensent les baies des étages supérieurs.3 Dans la salle de conseil, seize « nuages » réalisés en cuivre, flottent sous le plafond. Élément décoratif, ils participent en outre, par leur surface texturée, à la bonne acoustique de la salle.

Mais le fait que 82 % de tout ce cuivre provienne du recyclage a beaucoup compté dans l’obtention du point LEED pour l’emploi de matériaux recyclés. De plus, la seule énergie consommée pour transformer du cuivre de récupération en bardage est celle qu’il faut pour le fondre. Elle ne représente que 15 % de ce que consomment l’extraction, la production des concentrés, puis l’élaboration et l’affinage du métal issu du minerai. C’est dire l’importance des économies d’énergie réalisées par l’utilisation à plus de 80 % de cuivre recyclé dans les produits plats élaborés pour le bâtiment. N’oublions pas non plus qu’en utilisation extérieure le cuivre dure deux ou trois fois plus longtemps que n’importe quel autre matériau, ce qui réduit d’autant la consommation de matériaux mis en œuvre dans un bâtiment sur la durée de son existence.4

La construction de son nouvel hôtel de ville a été pour Austin l’occasion de mettre ses installations techniques au goût du jour. Au total, 230 000 m (750 000 pi) de câblage en cuivre ont servi à réaliser les multiples réseaux qui concourent à rendre plus transparente l’administration de la ville, à la doter d’une infrastructure technologique moderne, et à rendre le bâtiment apte à satisfaire aux besoins de multiples usages. Le câble en cuivre est le support le plus efficace et le plus sûr qui soit pour le transport de l’électricité. Facile à mettre en œuvre et à réparer, il est aussi plus durable et moins cher dans le temps que l’aluminium. En fin de vie, le câble en cuivre est recyclable et transformable en d’autres produits de cuivre ou de laiton (tubes pour la climatisation, placage, articles de quincaillerie) qui renferment en moyenne de 66 à 95 pour cent de cuivre recyclé.5

Les concepteurs ont collaboré étroitement avec les médias locaux et la chaîne de nouvelles de la ville afin de rendre l’immeuble le plus commode possible pour leur travail. Des prises pour l’éclairage et pour le matériel de son et de vidéo ont été prévues pour permettre de faire des reportages en direct d’à peu près n’importe où dans l’immeuble. L’équipement audio-visuel de la ville, vieux de 18 ans, avait lui-même bien besoin d’un rajeunissement : un effort évident a été fourni pour que les choix technologiques arrêtés répondent non seulement aux besoins d’aujourd’hui, mais aussi, dans toute la mesure du possible, à ceux de demain. Enfin, les spectacles de musique étant très appréciés à Austin, un maximum d’espaces intérieurs et extérieurs ont été sonorisés.

CONCLUSION

Même en visant d’emblée la certification LEED, l’audacieux architecte Antoine Predock n’a lésiné sur rien dans les aménagements de l’hôtel de ville d’Austin. Le résultat est un bâtiment vert exceptionnel, tout à la fois fonctionnel, esthétique et respectueux de l’environnement. Le cuivre a joué un rôle fondamental dans l’atteinte de ces objectifs, aussi bien de façon directe en contribuant à l’obtention de la certification LEED, que de façon indirecte par son emploi dans des technologies « vertes » respectueuses de l’environnement qui permettront une utilisation efficace de l’énergie et des matières tout au long de la vie de l’immeuble. Il en va ainsi des 6 000 m2 (66 000 pi2) de bardage cuivre qui donnent aux deux étages supérieurs leur habit de soleil, comme aussi des panneaux acoustiques de la salle de conseil qui lui permettent de devenir salle de concert, ou encore des dizaines et des dizaines de kilomètres de câblage des réseaux audiovisuels et informatiques qui innervent le bâtiment. Exemple d’alliance harmonieuse entre qualités environnementales et qualités esthétiques, l’hôtel de ville d’Austin ouvre la voie de l’avenir pour une architecture d’avant-garde.

  1. City of Austin - Austin City Hall and Public Plaza.
  2. Austin Energy - Green Choice Program.
  3. Predock Architecture "Austin City Hall and Public Plaza".
  4. Copper Development Association "Copper - The 'Green' Metal" [Not yet released].
  5. CopperInfo "A Comparison of Copper vs. Aluminum Electrical Wire & Cable".